13/08/2008

Les questions de la PMA

Salut, 

Vous le savez toutes et tous, je ne suis pas un « bébé couette » mais un « bébé éprouvette ». Qu’est-ce que ça changera pour moi ? Rien. Absolument rien. Je serai comme tous les autres petits enfants. Avec une maman et un papa qui m’aiment énormément. Avec ce que la vie me fera comme cadeaux. Et avec les mauvais tours qu’elle me jouera. Les enfants issus de la PMA sont pareils aux autres. C’est prouvé. Pourtant, tout sera différent.

En plein échec, il est pénible de faire son deuil du « bébé couette » et de renoncer à ce qui est l’évidence pour la majorité des couples. Il faut se résoudre à une conception médicalisée, surveillée du premier au dernier instant, où rien ne peut être laissé au hasard. Quelque chose de froid, de dépouillé et qui se retrouve inévitablement étalé sur la place publique. Sans aucune garantie de succès…

A posteriori, quand l’heureux événement se prépare enfin, ce deuil du « bébé couette » est moins traumatisant. Mais pas anodin. La réussite est là mais tout est différent. On savoure souvent plus ce qu’on a obtenu avec peine que sans effort. On le savoure surtout autrement. Avec moins de spontanéité, plus de circonspection. Ca n’est ni mieux, ni moins bien ; c’est simplement autre chose. Il faut parvenir à gérer cette différence. Quand je pense que j’ai été conçu dans un petit tube, ça me fait quand même tout bizarre, vous savez.

Parfois, je pense à celle ou à celui qui aurait pu être ma grande sœur ou mon grand frère. Celle ou celui que le Docteur D. a replacé dans le ventre de maman en février et qui, malgré tous ses efforts, n’a pas réussi à s’accrocher. Cette petite chose éphémère n’a été pour maman et papa qu’un espoir. Mais un espoir, même perdu, ça peut être tenace. Qui aurait-elle ou qui aurait-il été s’il avait réussi à tenir, à s’accrocher ? Vous me répondrez qu’il ne faut pas y penser.  Mais ne réfléchit-on pas trop souvent à ce sur quoi on ne devrait justement pas trop s’attarder ? Cet espoir a été présent si fort qu’il s’effacera, mais lentement.

Parfois aussi, je songe à celles ou ceux qui attendent leur tour d’être replacés dans le ventre de maman. Que se passera-t-il s’il en reste encore « au frigo » quand maman et papa décideront que notre famille est assez grande ? Que deviendront ces ébauches de vie ? Seront-elles détruites ? Maman et papa ne le voudraient certainement pas. Ce serait trop égoïste. Seront-elles données à la science ? Peut-être. Mais ça reviendrait aussi à les détruire. Pour la bonne cause, certes, mais à les détruire quand même. Seront-elles données à des couples moins chanceux que maman et papa, pour leur permettre d’avoir quand même « leur » petit bout ? Pour moi, ça serait vraiment la meilleure solution. Pour pouvoir me dire que le combat de maman et de papa pour fonder une famille aura pu en aider d’autres à réaliser ce souhait.

Quand maman et papa allaient à la clinique pour essayer de me faire venir, il leur était terriblement difficile de croiser les femmes enceintes, de voir passer de jeunes parents et leur petit bout, d’affronter leur apparente insouciance. En y retournant après la première prise de sang positive, ils étaient évidemment encore très stressés, mais ils avaient déjà un pied « de l’autre côté » et je suis certain qu’ils avaient un peu mal au cœur quand ils croisaient des gens n’ayant pas encore eu leur chance.

Ca a été pareil avec leurs amis R. et M. En février dernier, après la première prise de sang, maman et papa ont évidemment été fous de joie. Mais aussi un peu embêtés vis-à-vis d’eux. Une semaine plus tard, ça a été la catastrophe : la deuxième prise de sang de maman était mauvaise et signifiait le retour en enfer. Et c’est peu après que R. est tombée enceinte. A ce moment, le sort semblait s’acharner sur maman et papa. Ce serait mentir de prétendre que l’annonce de cette bonne nouvelle ne leur a pas fait l’effet d’un coup de poignard dans le cœur. Deux mois très durs ont suivi. Puis j’ai fait mon entrée triomphale ! Tadaaam !

Finalement il est bien que ça se soit passé ainsi. Parce que R. et M. en avaient plus bavé que maman et papa et qu’il était « juste » que la chance leur sourie avant eux. Et puis être les derniers, c’est très dur, mais ça évite de ressentir cette culpabilité dont je vous ai parlé.

Loin de moi l’idée de me plaindre, bien au chaud dans mon petit nid douillet, mais je voulais vous confier tout cela. Pour que vous ne croyiez pas que tout s’efface lorsque l’on obtient ce pour quoi on s’est battus. Le résultat, je l’ai dit, est ce qu’il y a de plus important. Mais le chemin parcouru compte aussi beaucoup. Et rien n’est anodin. La PMA, ça suscite plein de questions. Et il y en a encore beaucoup qui attendent une réponse…

Ca en fait, des réflexions, pour un petit bout comme moi, me direz-vous. Je me sens décidément de plus en plus une vocation pour la philosophie et la tétracapillotomie, moi !   ;-)

A la prochaine,

Findus

20:50 Écrit par Findus dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

pas facile... ...en effet comme parcours . Mais il faut bien se dire que si bébé de février s'était accroché , tu ne serais pas là Findus ! J'ai fait une fausse couche à 8 semaines avant d'avoir Arnaud . C'est vrai que ce sont des questions que l'on se pose . Le bébé aurait-il été il ou elle , comment aurait-il été... Mais comme me l'a bien expliqué le gyné , si il ne s'est pas accroché , c'est qu'il y avait un problème . Et dans ce cas , pour ma part , il valait en effet mieux faire une fausse couche je pense . Une fois que cette idée a bien été ancrée dans mon esprit , je me suis sentie mieux et Arnaud est arrivé rapidement après cette mauvaise expérience . C'est clair que j'ai stressé énormément . Je n'ai plus rien dit avant les 12 semaines fatidiques . Et ensuite wouah , je pouvais enfin l'annoncer quel plaisir .

Écrit par : valérie | 13/08/2008

Décidément... c'est un parcours différent, que seuls les personnes qui sont passées par là peuvent complètement comprendre. Pour ma part, je peux juste imaginer et "compatir".
Mais Findus, ce ne sont pas tous les bébés qui peuvent dire "je fais le chaud et le froid" avec papa et maman !
Et pour le bébé de février, comme le dit Valérie, c'est que quelque chose n'allait pas. (même expérience à 12 semaines...)
Allez, tu es là, déjà très savant, je vois, et c'est le plus important. Regardons maintenant l'avenir et les super ballades que tu pourras faire dans ta super poussette ;-))

Écrit par : Pascale | 14/08/2008

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